Mon cher papa, mon héros,
J’ai tellement de choses à te dire aujourd’hui.
Je voudrais commencer par te remercier pour le papa que tu as été.
Quand je pense à mon enfance, je pense à toi le matin, quand tu partais travailler. Toujours beau, élégant, classe. Je t’entendais te préparer et j’adorais t’appeler avant que tu partes, juste pour avoir mon dernier bisou et retrouver ton odeur de parfum, celle qui restait marquée sur mes draps. Et lorsque je partais à l’école, parfois tu m’y amenais.
Et puis je me rappelle de t’attendre le soir, quand tu rentrais de la banque, toujours aussi élégant dans ton costard. J’aimais me blottir contre toi sur le canapé. C’étaient nos moments à nous.
Je pense aussi à toutes nos vacances en Espagne quand nous étions enfants, à nos journées à la plage et à tous ces souvenirs de famille qui resteront gravés en moi.
Mais même pendant ces vacances, tu nous rappelais toujours la chance que nous avions de pouvoir partir, et que tout cela était le fruit de votre travail. À travers ça, tu nous as transmis une valeur qui m’accompagne encore aujourd’hui : celle de travailler, de se donner les moyens de gagner sa vie, mais aussi de savoir profiter de la vie et de ce que l’on a construit.
Papa, tu m’as transmis tellement de choses.
Tu m’as appris l’amour de la famille, l’amour des autres, l’entraide et la bienveillance. Tu m’as appris à rêver, à croire en mes rêves et surtout à aller chercher ce que je voulais.
Et puis tu m’as transmis cette force de caractère. Cette force qui m’a accompagnée toute ma vie et dont j’ai eu besoin plus que jamais face à la maladie.
Parce que la maladie a fait partie de nos vies pendant de nombreuses années.
Elle nous a fait vivre des moments difficiles, beaucoup d’angoisses, et nous avons dû inverser les rôles. C’est moi qui ai pris soin de toi, alors que ce n’était pas ta place, et que c’était profondément injuste.
Mais malgré cette maladie, nous avons vécu de belles années. Des années que je ne voudrais échanger pour rien au monde.
Je crois que tu es le seul papa à m’avoir suivi partout. Aux arènes, à la fête, mais aussi dans mes repas avec mes amis…
Et je crois qu’au fond, si je t’emmenais partout, c’était aussi parce que je voulais profiter de toi. Je ne voulais rien louper. Pas un moment, pas un souvenir, pas même quelques minutes de plus avec toi. Je voulais prendre tout ce que je pouvais prendre de notre temps ensemble, parce que je savais que chaque instant comptait.
Ici, tu étais devenu celui qui marchait. Celui que tout le monde connaissait.
On m’appelait à toute heure pour me dire : « Élodie, ton papa est là » ou pour me dire où tu étais.
Et bizarrement, même si je pouvais parfois être inquiète, ça me rassurait de savoir que tu étais entouré de personnes qui te connaissaient et qui veillaient sur toi.
Tu as aussi été un papy fabuleux.
Je me souviens du jour où ton premier petit-fils, Jordan, est arrivé. Tu étais submergé de fierté et tu as eu ce meme regard pour emma, matis et melie.
Et puis tu as joué comme un enfant avec chacun de nos enfants. Tu as pris énormément de temps pour eux. Tu as profité de chaque moment, de chaque visite, de chaque occasion pour être avec eux et créer des souvenirs.
Tu aimais les regarder grandir, jouer avec eux, rire avec eux. Et même lorsque la maladie était là, tu trouvais encore cette petite étincelle pour partager quelque chose avec eux.
Mathis et Mély ont même inventé des chorégraphies complètement improvisées pour te faire rire à l’EHPAD, juste pour passer le temps.
Nous avons passé de très beaux moments en famille là-bas. Des moments parfois simples, mais qui aujourd’hui prennent une valeur immense.
Et je crois que c’est aussi ça que tu nous as transmis : l’importance d’être ensemble, de profiter des gens qu’on aime et de créer des souvenirs, parce qu’au final, ce sont eux qui restent.
Et puis il y a eu ce mot.
Alzheimer.
Ce mot bizarre que j’espère ne plus jamais avoir à prononcer.
Ce mot que j’ai fini par connaître par cœur et qui, petit à petit, t’a emporté.
Aujourd’hui, je ne dis pas seulement au revoir à mon papa.
Je dis aussi au revoir au plus gros combat de ma vie.
Ces derniers mois, malgré tout, tu as continué à nous rassurer.
Par tes regards. Par ton attitude avec nous. Par ces petits signes qui nous faisaient croire que tu nous reconnaissais encore.
Tu nous as laissé l’espoir que, même lorsque les mots n’étaient plus là, l’amour, lui, était toujours présent.
Et je veux croire qu’il l’a toujours été.
Je voudrais aussi remercier profondément toutes les personnes qui ont accompagné papa pendant toutes ces années.
Merci au personnel soignant, qui a toujours œuvré pour son bien-être, qui nous a accompagnés à notre rythme et qui a été formidable jusqu’à la fin.
Merci à toutes les personnes qui ont été là, à chaque étape de cette foutue maladie.
Et aujourd’hui, je veux aussi parler de ma famille.
Maman, mes frères, je vous aime.
Et je sais que papa continuera à être là, chaque jour, dans nos vies.
Maman, avec papa, vous nous avez montré ce qu’était l’amour pur. Celui que rien ni personne ne peut arrêter.
Vous vous êtes aimés comme peu de gens s’aiment.
Et vous avez formé en nous une équipe.
Une équipe que personne ne pourra arrêter.
Une équipe qui gagne.
Papa, tu aimais vivre.
Tu aimais faire la fête, rire, déconner.
Tu aimais les gens, tu aimais profiter de la vie.
Alors aujourd’hui, même si mon cœur est rempli de tristesse, je veux aussi me souvenir de cet homme-là.
De mon papa.
De mon héros.
De celui qui m’a appris à être forte.
De celui qui m’a appris à aimer.
De celui qui m’a appris à ne jamais arrêter de rêver.
Merci pour toutes ces années.
Merci pour tous ces souvenirs.
Merci pour tout ce que tu m’as transmis.
Tu vas terriblement me manquer.
Mais je sais que tout ce que tu as construit en moi restera pour toujours.
Je t’aime papa. Et je t’aimerai toute ma vie.